Prise parole pour l’intergroupe F – 9 février 2021

Madame la Présidente,Mesdames les Conseillères d’État,Messieurs les Conseillers d’État,Mesdames les Députés, Messieurs les Députés,

Avant de débuter, je voudrais signaler que je prends la parole en tant que présidente de l’intergroupe F et non en mon nom propre.

Le dimanche 7 février 1971, le peuple suisse, à cette époque représenté par les électeurs seuls, a accepté, enfin, le suffrage féminin à 65.7%  des votants.

Ce résultat est dû à de nombreuses pionnières qui se sont battues pour faire admettre que les Suissesses avaient non seulement les mêmes devoirs mais aussi et surtout les mêmes droits que les Suisses et donc étaient leurs égales. C’est grâce à ces femmes convaincues et convaincantes que toutes les Suissesses ont le droit de voter à chaque scrutin fédéral et que, depuis les dernières élections de 2019, les femmes représentent 42% des sièges au Conseil national.

1971 marque donc le début d’une nouvelle ère pour notre pays mais il a fallu attendre 1981 pour que l’égalité soit inscrite dans la Constitution fédérale  notamment l’égalité dans  l’instruction ; en effet, jusqu’alors les collégiennes devaient avoir de meilleurs résultats scolaires que les collégiens pour entrer au gymnase, par exemple. Dans un autre registre, il a fallu attendre 1988 pour que les femmes mariées puissent ouvrir un compte bancaire à leur nom et exercer une activité lucrative sans demander la permission de leur mari. Puis, enfin en 1996, la loi fédérale suisse sur l’égalité entre femme et hommes entre en vigueur.

Alors certes, 50 ans après ce scrutin historique, la condition féminine et le statut de la femme a évolué et s’est considérablement amélioré dans notre pays mais sommes-nous réellement sur un pied d’égalité avec nos pairs masculins dans tous les domaines, que ce soit le cadre familial, la vie professionnelle et politique ?

Malheureusement, la réponse est non.

  • Dans le domaine de la vie familiale, les femmes consacrent toujours plus de temps aux tâches ménagères que les hommes : 28 heures contre 18 heures. Mais cet écart est le résultat de décennies et même de siècles de patriarcat et les femmes ont aussi leur part de responsabilité dans cette situation car elles-mêmes sont persuadées que c’est leur devoir de réaliser les tâches ménagères.
  • Dans la vie quotidienne, la femme paye en moyenne 100.- de plus par mois que les hommes et ceci pour les mêmes types de produits et prestations, procédé intitulé «  la taxe rose ». Par exemple, le nettoyage-repassage d’un chemisier féminin par un teinturier coûte plus cher que la même prestation sur une chemise masculine. Il en va de même pour plusieurs produits du quotidien comme le déodorant ou encore le gel douche.
  • Dans le domaine professionnel, bien que l’écart se soit réduit, l’inégalité salariale est encore présente. En effet, les femmes gagnent en moyenne 19,6% de moins que les hommes dans le domaine privé dont 8,1 %  ne peuvent être expliqués objectivement. Cet écart salarial est plus bas dans le secteur public, avec 16,7% et 5,9% non expliqués. Alors oui, l’écart s’est réduit mais ce pourcentage non expliqué ne devrait plus exister. Outre cette injustice salariale, nous pourrions également ajouter que la Charte pour l’égalité salariale lancée en 2016 n’a toujours pas été signée par l’ensemble des Cantons (10 manquent à l’appel).

Avant de conclure je voudrais remercier, entre autres, Antoinette Quinche, Lise Girardin, Gabrielle Nanchen – une des 11 pionnières du Conseil national –  et Gertrude Girard-Montet qui est la première vaudoise à siéger sous la coupole fédérale en 1974.

Par leur combat et leur courage, nous souhaitons que leur histoire inspire la nouvelle génération féminine, et masculine également, afin de voir disparaître ces inégalités de chance et de traitement, et ceci dans un avenir proche. Et grâce à cela, les discussions autour de l’égalité ne seraient plus d’actualité et  la parité deviendrait la normalité.